Festival PFE 2018 : Archéologie, traces et empreintes au service de l’histoire

Festival PFE   2018

Samedi 22 septembre. 17 heures 30

L’historien Jean-Louis Brunaux relit les textes antiques à la lumière des documents matériels révélés par les fouilles archéologiques, les idées reçues volent en éclat.

L’archéologie est-elle un travail sur l’empreinte ?

Jean-Louis Brunaux. C’est un travail sur les restes matériels tels que les vases, les armes, les constructions. Ainsi on retrouve les traces de constructions gauloises grâce aux traces de poteaux qui subsistent parfois. Avec les progrès scientifiques, on peut étendre ces empreintes à des éléments nouveaux comme l’ADN.

Existe-t-il des civilisations ayant délibérément cherché à ne pas laisser d’empreintes ?

JLB. Difficile de dire que ce fut délibéré. Toutefois, les individus de certaines cultures détruisaient leur village pour le reconstruire ailleurs, c’est le cas de la population néolithique dans la vallée de l’Aisne.

Vous avez écrit dans l’un de vos ouvrages que les Gaulois ne cherchent pas à laisser de traces de leur passage sur terre, ne pratiquent pas l’écriture. 

JLB. Effectivement, ils n’ont pas cherché à laisser des monuments, des témoignages de leur vie et de leur civilisation. Par leur culture, les Gaulois sont assez proches des Grecs et des Latins. En revanche, par leur spiritualité, ils s’apparentent davantage aux civilisations asiatiques. Ils croient en la réincarnation. Ce qui importe aux Gaulois, c’est  le cycle qui mènera leur âme vers les astres et les dieux. Dans cette optique, laisser une trace de leur passage sur terre est secondaire parce que la vie terrestre  est secondaire.

Que révèle l’Eglise de Bitry que vous étudiez avec l’œil d’un archéologue ?

JLB. Nous disposons de peu de textes anciens. Rien ne nous permet de connaître la date de construction de l’église de Bitry, ni même pourquoi et comment des changements se sont produits. Cependant, nous avons découvert un sol d’époque romane déposé sur des remblais importants. Sous ces remblais au niveau du clocher, nous avons découvert une église plus ancienne présentant le plan et les dimensions d’un temple romain.

Le village de Bitry est-il né à partir de cette église ?

JLB. La partie la plus ancienne de l’église révèle que la voûte en berceau est en partie couverte de restes de peinture datant des 12 e et 13 e siècles. Cette peinture permet de synchroniser un tas d’éléments. On constate que les quatre murs, le porche, la voûte ont formé un ensemble. Cette église primitive est une église édifiée par le seigneur du lieu de façon à rassembler la population qui, jusque dans les années 600,   se répartissait dans des fermes et non dans des villages. C’est une église cimétériale destinée à ce que les gens puissent y être enterrés. Dans les années 1000, le village de Bitry a connu un certain succès. Son église s’est alors développée.

A lire : Vercingétorix de Jean-Louis Brunaux, collection NRF Biographies – Gallimard.

Catherine SOULINGEAS.

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